Je repose le bracelet au fond de ma poche et vérifie que mon vélo est bien attaché avant de faire quelques courses. J'achète ce qu'il me faut chaque jour car je ne peut pas stocker grand-chose dans ma glacière. Sur ma liste il y a essentiellement des boîtes de conserve et des plats tout fini que j'ai juste besoin de jeter dans une casserole. Je passe rapidement dans les rayons et me retrouve à la caisse cinq minutes après. Elles sont pleines de monde et les boîtes commencent à se faire lourdes au bout de mes bras lorsqu'une jeune fille me fait signe de passer à la caisse d'à côté.
- Bonjour.
- Bonjour.
Je ne l'avais jamais vu ici elle devait être nouvelle puisque je connais quasiment toutes les caissières de ce magasin. Elle fait une drôle de tête lorsqu'elle attrape une boîte alors je la questionne.
- Que ce passe t-il?
- Vous y avez déjà goûté?
- Non pas encore pourquoi?
- Entre nous, je vous conseil d'en choisir une autre, on a eût beaucoup de réclamation à propos de ce produit, me murmure t-elle.
- Merci!
Je partis en chercher une autre rapidement puis emballa mes quelques emplettes dans un sac.
- Au revoir, lui dis-je avec un sourire.
- A bientôt.
Je retourne chez moi, range mes courses, ce qui est très vite fait, et ouvre mon cahier. J'y note toutes les démarches que j'ai faites ainsi que tout les indices qui pourraient m'aider à retrouver mes amis. Je regarde les pages encore vierge et me répète que je ne suis plus très loin de trouver les pièces manquantes à mon puzzle. J'ai commencé ce cahier lorsque je n'ai plus eus de courrier de Molly, enfin, pas exactement car j'étais trop jeune pour me rendre compte de ce qui ce passait. Je m'en veux l'avoir oublié mais j'espère secrètement chaque nuit avant de m'endormir qu'elle se souvienne de notre promesse. Me raccrocher à cela me paraît souvent absurde mais comme on le dit trop souvent, l'espoir fait vivre. Il me permet de me lever le matin, de ... « Bzzz » « Bzzz » « Bzzz ».
- Oui?
- ...
- Dans quelques jours.
- ...
- A bientôt.
Émilie est la seule avec qui j'ai gardé contact, lorsque je lui ai dit que je pensais passer en ville elle m'a immédiatement envoyé de l'argent pour que je puisse voyager en train sans me soucier de quoi que ce soit. Je ne lui ai pas dit le but de ma visite mais j'espère revoir Mme Maurice, elle serait en mesure de m'aider à retrouver Molly et Jack et puis j'aimerai tant la revoir elle aussi. Je l'ai toujours portée dans mon c½ur, je la vois souvent dans mes rêves. Cette femme est pour moi comme une seconde mère, si je ne compte pas ma mère biologique que je n'ai jamais rencontré. Je rassemble mes économies avant de préparer le repas. Encore trois jours de travail et je part, j'aurais assez d'économies pour payer le prochain loyer car oui, je compte revenir ici. Paul m'avait assuré de me trouver une place si j'avais besoin d'argent alors pour l'instant je garde cette options en première place. Je déballe le produit de l'emballage et met le contenu dans la casserole avant de ranger toutes mes affaires. Je ne suis pas maniaque mais comme je n'ai que quelques affaires je me tiens à les ranger à chaque fois que je les utilise.
Après le repas je sors, tire une cigarette de ma poche et la fume avant d'entrer dans le bar d'Élise. La seule avant de nombreuses heures. Je fixe l'enseigne qui clignote et répète dans ma tête comme à chaque fois « pourvu que ça se passe bien ». J'écrase le mégot avec mon talon et tire la porte pour entrer dans l'arène. Je ramasse un verre sur mon passage.
- La même chose Jean?
- Ah! Te voilà ma belle, oui remet moi la même chose!
Je ne réagis pas à sa remarque bien que j'ai une monstrueuse envie de lui répondre et marche jusqu'au bar pour lui servir une autre bière. Je lave, j'essuie, je range, voilà à quoi correspond mes premières heures de travail. Je pose le torchon sur mon épaule et encaisse l'argent avant de continuer de laver les verres.
- Euh.. Excusez moi.
Je lève la tête surprise d'entendre une voix si douce et pose mes yeux sur un décolleté moulant, très moulant... Je secoue la tête et regarde le visage d'une jeune fille plutôt petite.
- Tu es majeur? Demandais-je.
- Bien sûr! Je voudrais voir Élise s'il vous plaît.
- Tu viens pour un job?
- Oui.
- Suis moi.
- Merci.
Je la fais passer derrière le bar pour lui offrir une chaise dans la cuisine. Elle regarde la pièce avec de grands yeux, bleus qui plus est. Ouaw, pensais-je.
- Si tu veux mon avis, tu ferais mieux de postuler ailleurs vite fait.
- Oh, s'écria-t-elle.
- C'est pas une menace, juste que t'as l'air plutôt timide et bien trop mignonne pour travailler ici, cette salle est remplie de pervers.
J'ajouta un clin d'½il et retourna au bar pour continuer le service. Je vis ma patronne arriver et lui fis un signe discret pour lui annoncer que quelqu'un l'attendais dans la cuisine. Quelque minutes plus tard la jeune fille ressorti de la pièce et s'excusa encore sur son passage.
- Tiens, attrape sa!
Élise lui envoie T-shirt à l'effigie du bar qu'elle fait porter à chaque nouvelle recrue.
- Merci madame!
- Élise! Cria-t-elle d'une voix rustre.
La fille se mit à rougir lorsqu'elle s'aperçut que je la regardais, puis enfila le vêtement. Je n'ai pas les yeux dans les poches, je l'avoue, elle est plutôt belle fille mais je suis avant tout très curieuse de nature alors je la questionne en faisant la vaisselle.
- Tu t'appelles comment?
- Aurélie.
Je me séchais les mains et lui tendis le bras pour lui dire bonjour.
- Moi c'est Kate. Qu'est-ce qui t'a attiré ici?
- Le boulot, dit-elle toujours aussi timidement.
- Bon alors, dis moi, t'a déjà travaillé dans un bar?
- Oui madame.
C'est paroles me laissèrent stoïque.
- Ne m'appelle pas « madame » .Kate sa suffira. T'as qu'elle âge?
- 18 ans tout juste aujourd'hui.
- Drôle de façon de les fêter, laissais-je échapper.
- Je vous paie pas a bavarder! S'écria Élise.
- Un vrai dragon cette femme, soufflais-je à ma collègue qui se mis à sourire.
Je l'observa le reste de la soirée pour voir comment elle allait se débrouiller. Lorsqu'elle était débordée je venais lui porter mon aide discrètement puis retournais à mes tâches.
Enfin l'heure de la fermeture, pour une fois on est à peu près dans les temps. Je sors les quelques clients qui ne sont plus en état de partir par eux même et lorsque je reviens je vois Aurélie affalée sur un tabouret. La scène me fit sourire, me rappelant des souvenirs.
- Allez viens, on va fêter ta majorité.
- Quoi? Répondit-elle en secouant la tête.
- Boire un verre, j'te paye un coup, allez viens.
Je récupérais mes affaires et ma paie du jour le temps qu'Aurélie se prépare puis nous partions.
- T'es pas d'ici? Questionnais-je.
- Non.
- Eh bien, tu viens d'où?
- Tu poses toujours autant de questions? Me rétorqua-t-elle subitement.
- Oh pardon, je suis trop curieuse, m'excusais-je.
Je lui donnais quelques ficelles pour son nouveaux boulot et lui expliqua rapidement le fonctionnement du bar. Elle était surprise mais ne posa pas plus de question. Nos verres arrivaient, nous trinquions puis je la raccompagna chez elle. Son logement semble être un endroit plutôt joli, elle habite dans un bon quartier, cela m'étonne.
- Merci pour le verre, Aurélie me fit la bise.
- Pas de quoi, bonne nuit jeune fille.
- A demain.
- Oui a demain.
Tout en me dépêchant pour aller travailler au port, je pense à Aurélie qui doit déjà dormir. Je m'engage dans la dernière ligne droite et vois au loin le bateau déjà amarré, les pêcheurs défilaient sur les quais, cinq minutes de plus et j'aurai été en retard. Ce soir le travail était encore plus plaisant, le vent était calme, le ciel dégagé et moi très pensive. Aurais-je eus un coup de c½ur pour cette charmante demoiselle? De toute manière je n'avais pas pour habitude de m'engager avec quelqu'un sur le long terme mais cette fois il y avais quelque chose de différent.